Marcheurs, chapitre 1

Bron. La soirée était déjà avancée. Le périph ronronnait doucement. J'étais affalé dans un gros fauteuil marron, troué, récupéré à côté d'une benne. Je fumais un joint, pénard, la petite fenêtre de mon studio entrouverte. Une bouteille de Jack Daniel's était posée sur la table. La toile cirée était sale, mon lit défait, et j'avais une atroce envie de pisser.

Je fermai les yeux, savourant l'odeur entêtante du cône. Ma sono gueulait Down, Stone the Crow. Je jetai un œil sur le quartier de Bron. Une banlieue bien gentille par rapport à ce que j'avais pu voir avant. D'un geste las, je balayai la fumée qui filait devant moi.

I never died before.

Je regardai fixement la trace d'une ancienne croix sur le mur. L'ex-locataire devait croire dur comme fer à une religion qui faisait parler les serpents. Pour ma part, je n'avais rien à rajouter. C'eût été mal placé.

Dehors, le clébard d'un zonard aboya. L'écran de mon portable s'illumina : « Demain, 19 heures. »

Je soupirai. J'eus un élan de colère et me retins de lancer l'appareil contre le mur. Sale con.

Je m'enfonçai un peu plus dans le siège et allumai la télévision. Il n'y avait rien d'intéressant, comme toujours. Je me levai donc, écrasai mon pétard et allai pisser. Mon portable me retint à nouveau  : « V1 cash. Com dab. Rep pa si c mor. »

Je marmonnai quelque chose, puis me saisis des quelques euros qui me restaient. Je pris un bifton de 100, laissai mon Beretta sur la table, attrapai ma télescopique, puis claquai la porte derrière moi. Pour nous tous, la règle primordiale de survie était de se déplacer le moins possible avec son arme à feu. Il suffisait de se faire prendre par des flics et c'était la misère. Rien ne justifiait d'aller faire ses courses à Ed avec un 9 mm.

Je descendis l'escalier sans me presser. Les marches étaient glissantes, les vitres comme toujours voilées par des toiles d'araignées et les tags. Je sortis dans la rue, tirai ma capuche, resserrai ma veste et m'en allai droit vers le pont du périph.

Ahmed, si c'était son vrai nom, était le type qui me fournissait depuis mon arrivée dans le coin. Le gars était fiable et ses boss étaient des gros bonnets de la cité. La première fois que j'avais touché chez eux, j'y étais allé au culot. Les mains dans les poches, j'étais rentré dans la cage d'escaliers puis j'avais secoué le boss par la manche pour avoir mon herbe. Les types n'avaient pas apprécié, et j'avais failli me faire péter la tronche. Au moins savaient-ils que j'avais des couilles. En fait, je les avais foutus mal à l'aise avec mon assurance, et depuis ils faisaient affaire avec moi sans entourloupes. Pourtant, je n'étais rien d'autre qu'un client, pas même un dealer.

This is important vocabulary from the previous section. Play the sounds and practice pronunciation.

  • Bron quartier défavorisé de Lyon
  • le périph le périphérique, la route qui entoure une ville
  • pénard tranquille
  • pisser faire pipi
  • un cône, un pétard (ici) un joint
  • un clébard un chien
  • un zonard un habitant d'une banlieue défavorisée
  • cash directement
  • un bifton un billet de banque
  • Ed supermarché en France
  • un 9 mm une arme de poing, un pistolet
  • un gros bonnet une personne importante
  • se faire péter la tronche se faire agresser physiquement et prendre des coups au visage
  • la cité la banlieue, le ghetto
  • avoir des couilles avoir du courage, du culot

Drag and drop words and expressions to their correct translations.

tranquille

une arme de poing, un pistolet

une personne importante

un habitant d'une banlieue défavorisée

directement

un 9 mm cash un zonard un gros bonnet pénard
Sorry, try again.